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L’enfouissement des lignes électriques en question

L’enfouissement des lignes électriques en question

Publié le 26 février 2018

Ana et Bruno en décembre, Carmen et Eleanor en janvier… Les tempêtes se suivent et se ressemblent. A chaque épisode de vent violent, des coupures de courant massives raniment le sujet de l’enfouissement des lignes à haute tension. Alors, qu’en est-il réellement en France ? Démêlons le vrai du faux.

Il y a plusieurs types de ligne à haute tension. VRAI

Une fois produite, l’électricité emprunte tout d’abord le réseau de transport à très haute et haute tension géré par RTE1. L’électricité est acheminée sur de longues distances, à l’échelon national (400 kV, c’est-à-dire 400 000 V), puis régional (225 kV, 90 kV et 63 kV). Sur ce réseau, seulement 5 % des lignes est enterré2. L’électricité est ensuite transformée dans des « postes sources » pour être acheminée sur le réseau public de distribution, géré cette fois par Enedis (ex-ERDF) pour le compte des communes. Ce réseau comprend des lignes à moyenne tension (20 kV) appelées « HTA », et des lignes « BT » à basse tension (400 à 230 volts). Seulement 46 %3 de ce réseau est souterrain.

Le réseau français est comparable à celui de ses voisins européens. FAUX

En Allemagne, par exemple, 70 % du réseau moyenne tension et basse tension est enfoui, 63 % au Royaume Uni et au Danemark, 59 % en Belgique et 100 % aux Pays-Bas4. Cette différence s’explique par une orientation politique initiale en faveur d’installations moins onéreuses en France. D’autant qu’à cette époque, les pylônes n’étaient pas considérés comme des nuisances. Il faudra donc attendre les années 1990 pour que des programmes soient mis place en faveur de l'enfouissement des lignes aériennes, notamment au fur et à mesure de leur remplacement. Mais cet effort n’a pas permis de combler notre retard.

Depuis la tempête de 1999, toutes les nouvelles lignes sont enterrées. VRAI et FAUX.

Cela dépend des lignes dont on parle. Enedis annonce aujourd’hui que 98,4 % des nouvelles lignes moyenne tension (HTA) sont enfouies. Reste le problème de la mise en souterrain des lignes à très haute et haute tension qui, malgré les avancées, pose encore d'importants problèmes techniques et, surtout, de coût. Or, en 1999, suite à la tempête xxx, 119 lignes à très haute tension et plus de 400 lignes à haute tension avaient été mises hors service5. Mais il faut également savoir que si les lignes enterrées sont à l’abri des tempêtes, elles ne le sont pas des inondations, ni des glissements de terrain. Elles réclament, en outre, une surveillance et un entretien plus complexes, des dépannages plus fastidieux, sans compter le rejet des propriétaires qui se trouvent par malheur sur le tracé d’un enfouissement.

Le principal obstacle à l’enfouissement est financier. VRAI

Une ligne enterrée peut coûter jusqu’à dix fois le prix d’une ligne aérienne. Les enterrer toutes nécessiterait un investissement colossal dont les ménages ne sont assurément pas prêts à supporter le coût. Certains avancent que cet argument ne tient pas compte des bénéfices attendus, sur le paysage, l’avifaune, le tourisme, etc, en plus de la fin des dispendieuses réparations d’urgence lors les tempêtes.

Les lignes à haute tension ne seront jamais enterrées. FAUX

Une ligne à haute tension reliant Lorient à Saint-Brieuc a été inaugurée en grandes pompes en janvier dernier. Et pour cause, il s’agit de la première liaison de 225 kV enterrée sur une telle distance : 76 km. Ce chantier de 120 millions d’euros, une première en France, est destiné à renforcer le réseau de transport d'électricité breton, et censé également, à terme, accueillir la production des énergies renouvelables, notamment les futurs parcs éoliens en mer

1. Réseau de transport d'électricité, filiale d'EDF.
2. http://bilan-electrique-2016.rte-france.com/reseau-de-transport/evolution-reseau/#
3. http://www.enedis.fr/donnees-relatives-aux-lignes-et-aux-postes
4. Rapport à l’assemblée nationale du 19/12/2001.
5. Réponse du ministère de l’Industrie à une question du sénateur René Trégouët, publiée dans le JO Sénat du 23/03/2000, page 1078.

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